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La sete di Ismaele
Paolo Dall'Oglio
Gesuita del monastero di Deir Mar Musa (Siria)
Syrie, lettre ouverte à M. Kofi Annan

Pubblichiamo anche nella versione francese, la lettera aperta che Paolo Dall'Oglio, gesuita e fondatore della Comunità monastica di Deir Mar Musa, ha inviato a Kofi Annan, inviato speciale delle Nazioni unite e della Lega araba per la crisi siriana (versione in italiano)

20 mai 2012

Lettre ouverte à M. Kofi Annan

Son Excellence Monsieur Kofi Annan, Secrétaire Général émérite des Nations-Unies

Paix et bien. Par cette prise de position publique, je voudrais d'abord vous exprimer toute ma gratitude d'avoir accepté cette mission si délicate, pour le salut de la Syrie et la paix régionale. Nous nous agrippons à votre initiative comme des naufragés à une bouée ! Vous êtes parvenus à surmonter l'obstacle de l'opposition russe à toute proposition comprenant un authentique changement démocratique. En perspective, la Syrie pourrait et devrait constituer un élément d'équilibre dans les problématiques régionales, plutôt qu'un cancer corrosif. Il me semble qu'une majorité de Syriens raisonne en termes d'équilibre multipolaire plutôt qu'en termes de nouvelle guerre froide. Le peuple syrien est traditionnellement anti-impérialiste, mais plus encore, il souhaite la création d'un pôle arabe qui représenterait son désir diffus d'émancipation et d'autodétermination. Un tel sentiment implique l'aspiration à une véritable démocratie, la reconnaissance de la dignité des divers groupes culturels et religieux de notre société, et celle des personnes humaines qui la composent.
La dynamique régionale est marquée aujourd'hui par la rivalité entre Sunnites et Chiites et leur réelle difficulté à vivre ensemble. Ceci provoque aussi un grave malaise pour les autres minorités, avant tout les chrétiens. Le printemps arabe, caractérisé initialement par les revendications de la jeunesse en faveur des droits et des libertés, court désormais le risque d'une dérive confessionnelle violente, et ce d'autant plus que l'irresponsabilité internationale favorise la radicalisation des conflits. 


Mieux que quiconque vous savez, M. Annan, que le terrorisme islamiste international est l'une des mille ruisseaux de l' "illégalité-opacité" globale (marché de la drogue, armes, organes, personnes, finances, matières premières…). Le marécage interconnecté des divers "services secrets" est contigu à la galaxie criminelle, qui se décline elle aussi en fonction des orientations idéologiques et/ou religieuses. Il est étonnant de constater que quelques jours ont suffi à de hauts représentants de l'ONU pour accepter la thèse de la matrice "qaïdesque" des attentats "suicides" en Syrie. Si la thèse liberticide selon laquelle il n'y a sur place qu'un problème d'ordre public était acceptée au niveau mondial, il ne resterait plus qu'à s'attendre au retrait des casques bleus désarmés, laissant à la répression le champ libre pour atteindre le "moindre mal". Qu'Israël, en tant que pouvoir confessionnel nucléaire, ait intérêt à une guerre civile de basse intensité et de longue durée en Syrie, n'est que le corollaire du théorème précédent. Si certains y ajoutent que "les Arabes" ne sont pas culturellement mûrs pour la démocratie "réelle", alors les jeux sont faits! Reste comme alternative la division du pays sur une base confessionnelle, scénario dans lequel le rôle des casques bleus se réduirait à tenter d’empêcher les massacres, pour éviter la répétition les déplorables excès bosniaques.

En raison de l'expérience pas toujours heureuse des observateurs de l'ONU, notre optimisme reste conditionné à l'émergence d'une volonté concrète de négociation, au Conseil de Sécurité comme à l'intérieur du pays, ainsi qu'à une large assistance de la société civile locale par la société civile internationale. Trois mille casques bleus, et non trois cents, sont nécessaires pour garantir le respect du cessez-le-feu, protéger la population civile de la répression et permettre à la vie sociale et économique de reprendre. Il est par ailleurs urgent de réclamer l'abolition des sanctions non personnalisées, car elles punissent les secteurs les plus faibles et innocents de la population. 


Outre cela, ce sont trente mille "accompagnateurs" non-violents de la société civile globale qui seraient nécessaires pour aider à faire germer sur le terrain une vie démocratique. Il convient de favoriser la mise en place d'une organisation de l'Etat fondée sur le principe de subsidiarité et de consensus, avec éventuellement une structure fédérale qui correspondrait mieux aux principales particularités géographiques (la fédération est l'exact contraire de la partition!). C'est seulement en faisant confiance à l'autodétermination des populations au niveau local que l'on pourra ramener l'ordre et combattre toute forme de terrorisme, sans retomber dans la répression généralisée et sectaire.


Il est opportun et urgent de créer des commissions locales de réconciliation, protégées par les casques bleus et en coordination avec les agences spécialisées de l'Onu, pour la recherche des détenus, des personnes enlevées et des disparus appartenant aux différentes parties en conflit. Et il faut aborder rapidement la question du retour à la vie civile et de la réhabilitation des jeunes engagés dans les activités armées et criminelles. 


Vous avez souligné que la pacification requiert un processus politique négocié. Peut-on imaginer cela sans un véritable changement dans la structure de pouvoir, surtout dans cette situation où le gouvernement est une façade et où le régime en place obéit à un groupe opaque de super-hiérarques ? Il faut sauver l'Etat, car il est la propriété du peuple. Mais pour le sauver, il faut d'abord le libérer. 


Votre initiative, M. Annan, marque une étape révolutionnaire pour l'exercice de la responsabilité internationale dans la résolution des conflits locaux. La présence désarmée de l'Onu aujourd'hui en Syrie est une prophétie gandhienne dont la valeur dépasse cette crise ponctuelle que nous cherchons à résoudre.
En conclusion, je tiens à souligner qu'à mon sens, la première des priorités devrait être de protéger la liberté d'opinion et d'expression dans la société civile syrienne, car sans cela il est impossible de poursuivre les autres objectifs dont dépend la pacification nationale. Avec estime et gratitude

P.  Paolo Dall'Oglio










25/05/2012